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Le Goupil

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Mon Goupil

Chronique de Bernard Revel

« Se peut-il qu’après tant d’années, ce qui, jadis, m’avait si profondément touché me parle encore ? Comme en 1969, l’émotion est là, la même grâce aussi et la même tristesse : avec Le Goupil j’ai retrouvé les choses en l’état. Le figuier qui souffre, les visages de pierre, les bras noirs de l’araignée, les épines du vent qui engrillagent, elles me frappent toujours avec la même force ces images qui ancrent l’histoire dans un paysage tout en la nimbant d’angoisse et de solitude. Les phrases brèves et enchaînées, sans aucun effet de style, m’emportent dans les errances d’une pensée qui cherche à survivre à la fin d’un amour.

La séduisante prof d’espagnol abandonnée au plus fort d’une passion dévorante par un amant en quête de nouveaux horizons, elle est de tous les temps et de tous les pays ! Rien n’existait pour elle en dehors de leur amour et rien n’existe plus, désormais, que son absence douloureuse. Elle est devenue étrangère à tout. Les lieux, les autres, leurs mots, leurs sentiments, plus rien n’existe.

Mais le sourire d’un élève, son regard, son impertinence ouvrent des brèches dans l’indifférence. Elle le rejette, bien sûr. C’est un gamin. Il a tout juste 18 ans. Comment résister à ce bel amour ! Il n’y a pas d’avenir pour cet amour-là. Le temps est son ennemi. On pense que tout est possible puisqu’on s’aime. On est plein de certitudes et de toujours. Aujourd’hui, je vois bien qu’il n’y a d’absolu que dans la mort.

C’est dans sa tête à elle que je revis l’histoire. Je comprends ses doutes, ses interrogations, ses silences, ses peurs, sa lassitude et ses espoirs. Sa route est longue. Celle du jeune homme s’est arrêtée. Elle, elle continue. Elle sourit, elle parle aux autres. Libre enfin. Des mots d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Je referme Le Goupil : il n’a rien perdu de sa force et de sa simplicité.

Il reste le diamant qui brillait sur les premiers rayons de ma mémoire de papier ! »